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L’éducation sentimentale

Exhibition  /  27 Feb 2010  -  23 May 2010
Published: 18.02.2010
Solidor Art Space
Management:
M. Roland Constant
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© By the author. Read Klimt02.net Copyright.

Intro
(...) In the last decades, the theoretical issue of modernity and his need for change became less relevant and visual artists started to look back to the past, taking forms from a common repertory inheritated from international Avant-gardes.(...)
L’éducation sentimentale
- repertory of forms for an History of contemporary jewellery

In Flaubert’s novel, A sentimental education, the young hero has to find his path among contradictory feelings at a time of historical changes. In the last decades, the theoretical issue of modernity and his need for change became less relevant and visual artists started to look back to the past, taking forms from a common repertory inheritated from international Avant-gardes. With the same concern, contemporary jewellers explore past history of jewellery to point out specific meanings in a new social and historical context.

L'Education Sentimentaleis is an exhibition initiated by Christian Alandete.


Répertoire de formes pour une histoire du bijou contemporain

Le bijou contemporain a fait l'objet de nombreuses spéculations esthétiques depuis sa sécession du champ de la bijouterie traditionnelle. Si la grande Histoire du bijou contemporain reste encore à écrire, celle de la bijouterie traditionnelle a, d'un point de vue, tant esthétique, technique, qu'historique, fait l'objet de multiples publications et offre des points de référence qui servent aujourd'hui d'appuis au travail de nombreux bijoutiers contemporains, privilégiant la réinterprétation de formes anciennes ou puisant dans des oeuvres du passé une manière de repenser le présent.

Dans le champ élargi des arts visuels, la question théorique de la fin de la modernité et sa quête de formes toujours nouvelles a laissé la place à une relecture contemporaine de formes historiques aujourd'hui communes, qui, à l'instar de la littérature cherche moins à inventer qu'à se réinventer à partir d'une langue partagée. Ainsi des artistes originaires de régions culturelles très différentes puisent dans un même répertoire formel les bases d'une pratique artistique, devenue en quelque sorte générique, dont les sources relèvent plus de l'expérimentation des différentes avant-gardes historiques que des contextes géographiques particuliers.

Dans le champ du bijou contemporain, de plus en plus d'artistes puisent à leur tour dans un répertoire de formes que la bijouterie a constitué depuis ses origines, pour en dégager la charge symbolique, rappelant combien le bijou est non seulement affaire de formes mais aussi et surtout de signes. Une alliance, une chevalière, une boucle d'oreille, un camée, une parure, chaque typologie de bijoux porte en elle des significations particulières que les bijoutiers contemporains s'attachent à détourner pour mieux en révéler les mécanismes à l’œuvre dans le jeu des relations sociales. Procédant par modifications d'échelles, collusion de périodes historiques contradictoires, additions de formes, recyclage ou réassignations sociales, les artistes de l'exposition nous invitent à repenser l'histoire, non plus selon un axe linéaire mais sur un mode cyclique, dans lequel les évènements se répètent toujours, sans toutefois jamais être tout à fait les mêmes. Ainsi, les formes du passé resurgissent dans le présent, nous évoquant des objets familiers sans qu'il soit pour autant possible d'en déterminer totalement l'origine.

À ce titre, les travaux de Gesine Hackenberg et Bettina Speckner ouvrent les portes d'une histoire à la fois collective et individuelle, faite de souvenirs incertains. La première propose un rapprochement entre le bijou et les objets du quotidien en prélevant dans des céramiques usuelles anciennes, les détails qui serviront à façonner le bijou. La seconde, en empruntant des images photographiques anonymes, construit une fiction dans laquelle chaque bijou est une pièce d'un vaste puzzle où personnages, lieux et paysages se rencontrent, laissant à la libre interprétation de chacun les possibles liens qui pourraient les réunir. Elles pointent ainsi le rapport singulier qu'entretient le bijou avec l'histoire familiale où traditionnellement, le trésor de guerre amassé par les mères était transmis, d'une génération à l'autre, à leurs filles. Dans le modèle de société patriarcal, qui a longtemps privilégié le masculin comme unique héritier (et du patronyme et du patrimoine), les femmes ont maintenu ainsi une forme de passation parallèle par le biais des bijoux.

Carole Deltenre explore à son tour cette histoire des femmes en se réappropriant la chevalière (un des rare bijoux exclusivement masculin). De cette bague, sur laquelle sont habituellement gravées les armoiries de la famille et qui servait à cacheter à la cire, courriers et contrats, elle en propose une version au féminin, remplaçant les emblèmes par un moulage de clitoris. Elle nous rappelle ainsi le long combat des femmes pour l’égalité devant la loi et le droit de disposer de leur propre corps.

Les pièces d'Anya Kivarkis, elles, trouvent leurs sources à la fois dans une histoire classique des formes (souvent empruntées à la période victorienne) et dans un réinvestissement de l'ornementation. L'éducation artistique a longtemps consisté à approcher les maîtres en les copiant au point de maîtriser leurs techniques. Chez Anya Kivarkis, il s'agit moins de reproduire les pièces elles-mêmes que de partir de reproductions qui seraient passées par le filtre appauvrissant de l'image documentaire. Elle imagine ainsi des combinaisons de formes dont on pourrait aisément retrouver les sources dans les ouvrages historiques bien qu'elle prenne soin d’en évacuer délibérément les caractéristiques physiques pour n'en conserver plus que la matrice. Aussi, ce qui devait être à l'origine une composition de pierres précieuses colorées disparaît, dissoute sous une couche homogène d'émail.

Ce rapport du bijou à sa surface est plus encore mis en jeu dans le travail d'Åsa Lockner avec une préférence pour l'époque baroque et ses débauches de courbes et d'entrelacements. Cette fois les formes semblent familières, mais n'ont aucun référent historique. Ici, il importe moins de réinvestir un répertoire de formes identifiables que d'en adopter le style au point de le transposer dans le processus même de fabrication. Ses pièces apparaissent alors dans un certain état d'inachèvement, comme si l'artiste avait souhaité rendre visibles tous ses tâtonnements. Ses pièces révèlent ainsi les multiples variations d’aspects, que le métal a imprimé, suite aux différents traitements d'échauffement et d'oxydation qu'elle lui a fait subir.

Marc Monzó et Lin Cheung proposent une approche qui peut sembler plus conceptuelle, chacun prenant, à sa manière, la mesure du bijou dans le champ social et en réinterroge le statut dans le jeu relationnel. L'utilisation de la bague solitaire chez Marc Monzó, pointe les contradictions d'une société faite de promesses illusoires et de faux-semblants. En augmentant, de manière outrancière, la taille d'un solitaire, qui peut alors être exhibé en broche, l'artiste souligne le caractère ostentatoire et le désir de reconnaissance (sociale) que le bijou peut combler. De même, en multipliant les occurrences d'un solitaire sur une même bague, il souligne l'évolution du couple moderne et son incapacité à pouvoir tenir ses voeux d'union éternelle. 

Lin Cheung privilégie une approche périphérique en interrogeant le système des bijoux. Dans la série des Wear Again, elle conserve des bijoux anciens dans leurs écrins ouverts, pour les transformer alors en broches, renvoyant le porteur à un rôle de vitrine. En l'absence d'une littérature conséquente sur le bijou, qui puisse être en mesure d'ouvrir un véritable débat critique et théorique sur son histoire, ses fonctions et ses usages, elle propose une bibliothèque idéale dans laquelle toutes les disciplines de la philosophie à la sémiologie en passant par l'histoire prendraient le bijou pour objet d'étude. Elle remplace ainsi les couvertures de livres référents par des jaquettes blanches qui conservent l'esthétique d'origine mais dont le titre a été adapté au sujet, ouvrant le champ des possibles d'une vaste littérature de la bijouterie qui reste à écrire.

Dans le roman de Flaubert, L'éducation sentimentale, auquel l’exposition emprunte le titre, le narrateur doit trouver son propre chemin dans l'histoire en tentant de faire tomber les idées préconçues que chaque milieu tente de lui imposer. De la même manière, les artistes rassemblés dans l'exposition naviguent entre des temps contradictoires, puisant dans un passé indéterminé, les bases d'un renouvellement de formes à minima et faisant par la même occasion voler en éclats les frontières entre les différents segments de la bijouterie 

Christian Alandete

Remarks

Opening: Saturday 27/02/2010 – 11h

Open hours
Wednesday - Sunday 14h - 17h
Monday and Tuesday closed
Carole Deltenre. Ring: Sceau C.D, 2008. Iron.. 2 x 4 cm. Carole Deltenre
Ring: Sceau C.D, 2008
Iron.
2 x 4 cm
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Lin Cheung. Brooch: Wear Again, 2006. Silver, 18ct gold, polyester, found objects.. Various dimension from 3.8 x 3.1 to 7.0 x 4.1 cm. Lin Cheung
Brooch: Wear Again, 2006
Silver, 18ct gold, polyester, found objects.
Various dimension from 3.8 x 3.1 to 7.0 x 4.1 cm
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Åsa Lockner. Necklace: Crown Jewels No4. Silver, agate.. Åsa, LocknerNecklace: Crown Jewels No4Silver, agate.. Åsa Lockner
Necklace: Crown Jewels No4
Silver, agate.


Åsa, Lockner
Necklace: Crown Jewels No4
Silver, agate.

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Marc Monzó. Ring: A Flat Surface, 2005. Silver, gold plated, rodium.. Image from the book Marc Monzó Jeweler / Klimt02 Publishers. Marc Monzó
Ring: A Flat Surface, 2005
Silver, gold plated, rodium.
Image from the book Marc Monzó Jeweler / Klimt02 Publishers
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Gésine Hackenberg. Necklace: Blue/white Kitchen Necklace. Plate by Socièté Ceramique Maestricht I earth ware, nylon thread.. 44 pearls ø 1.7 cm, plate ca. ø 24 cm. Photo by: Corriette Schoenaerts. Gésine, HackenbergNecklace: Blue/white Kitchen NecklacePlate by Société Ceramique Maestricht I earth ware, nylon thread.44 pearls Ø 1.7 cm, plate ca. Ø 24 cm.. Gésine Hackenberg
Necklace: Blue/white Kitchen Necklace
Plate by Socièté Ceramique Maestricht I earth ware, nylon thread.
44 pearls ø 1.7 cm, plate ca. ø 24 cm
Photo by: Corriette Schoenaerts


Gésine, Hackenberg
Necklace: Blue/white Kitchen Necklace
Plate by Société Ceramique Maestricht I earth ware, nylon thread.
44 pearls Ø 1.7 cm, plate ca. Ø 24 cm.

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Anya Kivarkis. Brooch: Untitled, 2007. Sterling silver.. © courtesy Galerie Rob Koudijs. Anya Kivarkis
Brooch: Untitled, 2007
Sterling silver.
© courtesy Galerie Rob Koudijs
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Bettina Speckner. Brooch: Untitled, 2007. Ferrotype, gold 750.. 7.2 x 5.2 cm. Bettina Speckner
Brooch: Untitled, 2007
Ferrotype, gold 750.
7.2 x 5.2 cm
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Appreciate APPRECIATE